Voyager en tout-inclus : vivre tout qu’un « reality check »

Au cours des dernières années, j’ai préféré voyager et loger dans des auberges de jeunesse et différentes habitations, dans plusieurs pays. Réaliser de grandes marches, des excursions en forêt, en montagne ou en ville, une carte géographique à la main. Mon dernier voyage en formule tout-inclus dans les Caraïbes remontait déjà à 5 ans et j’ai décidé cette année de tenter l’expérience à nouveau.

Il y a cinq ans, j’étais dans la jeune vingtaine, et je voguais d’une expérience à l’autre, d’une soirée festive à l’autre. Avec une douzaine d’amis, nous avions décidé de nous évader, entre deux sessions universitaires,  le temps d’une semaine en janvier, dans un tout-inclus d’une chaine reconnue.

Cette année, nous avons choisi notre complexe hôtelier sous les conseils d’une agente, en République dominicaine. Nous avons arrêté notre choix sur un hôtel avec un bon rapport qualité-prix. Nous souhaitions simplement nous loger dans une chambre propre et avec vue sur la plage, manger décemment et nous retrouver à proximité d’une ville afin de pouvoir nous immiscer, le temps d’une journée ou deux, dans les mœurs et la faune locale.

Quelque temps après notre arrivée, j’ai rapidement été déçu, par la sécurité, la nourriture, les boissons et l’ambiance générale.

Sentiment de sécurité exacerbé

Généralisons pour le bien de ce billet : la plupart des établissements hôteliers en formule tout inclus sont situés à l’intérieur d’une communauté sécurisée, surveillée et à accès limité. Impossible donc de vivre un véritable contact avec les résidents locaux, en sortant de l’hôtel. Une marche de 10 minutes est nécessaire afin d’arriver aux limites de la communauté. Cette protection supplémentaire est souvent bien appréciée par les vacanciers, mais pour ma part, je considère qu’elle voile la réalité. Implicitement, cette sécurité nous indique qu’il serait « dangereux » de s’aventurer au-delà des limites de la communauté.

La réalité est toute autre : à quatre occasions, nous sommes allés en ville et dans la montagne, afin de visiter les distilleries locales, nous promener dans un parc national (au sommet d’un téléférique) et nous baigner dans des cascades d’eau tropicales. Jamais au cours de ces quatre journées nous n’avons senti un moindre « danger », sauf peut-être l’insistance des vendeurs.

Un petit point sur les vendeurs irritants : ceux-ci sont présents uniquement sur les plages et dans la communauté sécurisée, où sont situés les tout-inclus. Ailleurs en ville, nous sommes tranquilles.

Nourriture et boissons

Dès le premier soir, nous avons vécu une déception certaine. Rien de vraiment délicieux, les recettes sont assez standardisées et très internationales. Dans toute l’abondance proposée, nous avons été déçus : les légumes, à peine sortis des cuisines, sont déjà trop cuits. La viande utilisée dans tous les plats est de faible qualité et souvent trop ou pas assez cuite.

En ce qui concerne l’alcool, le bar nous a offert qu’une sorte de bière en fut et a mixé ses cocktails à base de quelques spiritueux : rhum (Brugal blanc, brun et vieilli) vodka et téquila générique. À ces quelques spiritueux est ajouté des liqueurs beaucoup trop sucrées : le cocktail est gâché. Vin rouge et vin blanc maison, c’est à éviter.

Ambiance et animation

Encore une fois, tout se ressemble : 5 années ont passées et je retrouve encore le même genre d’animation : jeux autour de la piscine, spectacles classiques en soirée dans le théâtre et insistance de la part de certains animateurs lors des animations afin que les vacanciers participent.

En journée, musique à tue-tête autour de la piscine, et vendeurs insistants et irritants sur la plage.

Sentiment général

Après quelques jours dans le complexe, un faux sentiment de bienêtre s’installe. On s’accoutume à cette nouvelle réalité, puisqu’on se dit qu’on y loge de toute façon pour le reste de la semaine. À quoi bon s’en faire, il est peut-être plus simple de s’y habituer. Mais rapidement, le faux sentiment de confort a fait place à un sentiment d’imposture. Qui sommes-nous, à surconsommer toute la semaine, puisque de toute façon c’est tout inclus, à donner du pourboire à l’occasion, puis à se dire qu’on le mérite bien? À regarder les autres voyageurs, il semble tout à fait normal de manger comme un glouton, se dorer la couenne toute la journée et boire en soirée jusqu’à l’ivresse. Tout cela devant le regard (parfois) consterné des employés du complexe hôtelier. Certains préfèrent s’imbiber dans des complexes hôteliers qui se ressemblent tous, un peu comme dans nos banlieues.

Un constat

Je me rends compte que je préfère les grandes marches en ville, sur la plage ou en montagne. J’adore découvrir, me perdre parfois et me promener avec mon sac à dos. J’aime également choisir, jour après jour, comment mes vacances vont se dérouler. Par exemple, être en mesure de me lever et choisir comment va se dérouler ma journée. Je peux donc passer une première journée dans le luxe complet (se payer la totale sur la plage d’un club aquatique, par exemple) et passer une deuxième journée tranquille sur une plage déserte (emprunter un vélo de mon auberge de jeunesse, arrêter à l’épicerie afin d’acheter les ingrédients afin de me cuisiner un sandwich, puis lire toute la journée un roman à l’ombre d’un palmier). Et ainsi de suite, jusqu’au retour brutal dans l’hiver québécois.

Tous les tout-inclus se ressemblent. Je conclurai par un extrait de cet article, publié sur le blogue du canal Évasion :

Les tout-inclus sont en banlieue du voyage. Sans personnalité, ils sont fabriqués à la chaine pour un maximum de commodité normalisée. S’enfermer dans un tout-inclus, c’est passer à côté de l’authenticité d’un peuple, des particularités d’une nation, des saveurs d’une communauté et des couleurs d’un pays. On peut avoir le droit d’aimer le confort lisse et rassurant d’un tout-inclus. Ça fait plus de bien que de mal au travailleur qui a trimé dur le reste de l’année. Mais a-t-on le droit d’imposer cette uniformité au monde entier? A-t-on le droit de vouloir gommer la diversité des endroits visités pour reproduire partout le même confort béat de notre civilisation de consommation?

 

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